De Moor, Johan
la vache
collection du musée
Fils de Bob De Moor, dessinateur belge connu pour avoir été le plus proche collaborateur d’Hergé dans le studio que ce dernier avait créé après guerre, Johan de Moor a d’abord été, dans les années 1970, dessinateur politique et caricaturiste réputé. Il aborde la bande dessinée la décennie suivante en marchant en quelque sorte dans les pas de son père, puisqu’il travaille à l’adaptation en dessin animé des aventures de Quick et Flupke, les deux garnements bruxellois inventés par Hergé en 1930. Il dessinera ensuite des nouveaux gags pour ces personnages, avant de s’associer au scénariste Stephen Desberg pour Gaspard de la nuit, une série fantastique à la fois onirique, fantasmagorique et truculente qui les situe dans une lignée qui va de Bosch à Ensor.
La rupture de ton est franche avec La Vache, que les deux auteurs une nouvelle fois associés publient en 1992. Parodie joyeusement « hénaurme » des romans d’espionnage, cette série met en scène un paisible ruminant (de son vrai nom Pi, agnet 3,1416) qui, lorsque les circonstances l’exigent, devient un agent secret protecteur de humanité face aux agissements d’animaux malfaisants. Derrière la charge hilarante se cache une critique radicale de l’attitude inconséquente des hommes envers la nature exploitée et bafouée.
Comme en témoigne avec éclat cette planche, le dessin de Johan de Moor est au diapason d’un propos volontairement outrancier. Les attitudes des personnages sont surjouées, les couleurs et les collages amplifient ce que le discours du « méchant » de cet épisode peut avoir de délirant : ce bovidé altéré de vengeance récupère en effet les cadavres des hommes tués dans les toutes guerres pour en faire des hamburgers qu’il vend ensuite dans une chaîne de restauration rapide. Ou comment transformer à leur insu les hommes en anthropophages…

































