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Gillon, Paul

jérémie (1968)

collection du musée de la bande dessinée

Paru en 1968, Jérémie manifeste le goût de Paul Gillon pour la mer qui s’était déjà illustré dans la série Cormoran, parue dans Vaillant et qu’il dessina à la suite de Lucien Nortier. Il y reviendra en 1982, avec une belle adaptation du Moby Dick d’Hermann Melville. On se rappelle également des superbes séquences aquatiques des Naufragés du temps, ample série de science-fiction qu’il réalisa d’abord avec Jean-Claude Forest, puis seul. Jérémie se situe dans la grande tradition des récits de flibuste dont le héros est un enfant. On pense bien sûr à L’Île au trésor de Stevenson et à Moonfleet de Falkner, dont Fritz Lang fit une adaptation devenue un classique. Parue dans Vaillant, l’histoire s’adressait à de jeunes garçons, susceptibles de s’identifier au héros juvénile qui vit des aventures aussi exotiques que palpitantes. Cette planche, dont l’action se déroule dans le décor d’un port du XVIIIe siècle, frappe par son classicisme. Dans le dessin d’abord, Gillon se situant dans le droit fil du grand dessinateur américain Alex Raymond, avec qui il partage une indiscutable élégance graphique. Classicisme de la narration ensuite, le dessinateur dédaignant le recours à la bulle pour disposer le texte dans des placards qui préservent la dimension volontairement illustrative de son travail. On appréciera le contraste entre des cases très riches en information, flirtant avec la « couleur locale » et des plans plus rapprochés qui rythment la narration. La dernière case, dépourvue de tout décor, relance l’intrigue, selon une tradition bien établie. Cette planche est extraite du neuvième et dernier épisode d’une histoire qui aurait pu connaître une suite. Mais elle ne fut pas plébiscitée par les lecteurs et Gillon se tourna alors vers Les Naufragés du temps qui reste à ce jour sa série la plus célèbre.

Encre de Chine, crayon bleu et mine plomb sur papier, textes collés.


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