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Histoire de la bande dessinée franco-belge

aventure et censure - partie 3

extrait de "La bande dessinée, son histoire et ses maîtres", texte de Thierry Groensteen. La Cité, Skira Flammarion, 2009

Hardiesse et vaillance

C’est donc dans ce contexte particulier que se développe une nouvelle école de bande dessinée française, partagée, pour l’essentiel, entre deux illustrés issus, l’un comme l’autre, de la Résistance : Coq hardi et Vaillant. L’origine du premier remonte au Corbeau déchaîné, un petit journal clandestin créé par Marijac pour les maquisards, du côté de Clermont-Ferrand. La plupart des résistants portent des surnoms. Parmi eux : « l’Avocat », « Pinceau », « la Torpille » ; Marijac en fait ses Trois Mousquetaires du maquis, qui tournent l’occupant en dérision.

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Marijac (Jacques Dumas, dit, 1908-1994), Les Trois Mousquetaires du maquis s’évadent Planche 1.
Paru dans Coq hardi. Album Éditions Albatros, 1968-1969 Encre de Chine, stylo-bille, crayon bleu sur papier, 332 x 248 mm. Inv. 99.1.11
Marijac crée Les Trois Mousquetaires du maquis pendant l’Occupation, dans un journal clandestin intitulé Le Corbeau déchaîné. Après la Libération, la série paraît en vedette dans Coq hardi, puis dans d’autres publications. Elle raconte les mésaventures de trois maquisards hauts en couleur — sortes de Pieds Nickelés de la France occupée qui mènent la vie dure à l’armée allemande. Marijac a toujours insisté sur l’idée que ce n’est pas tant les Allemands qu’il attaquait ainsi que la guerre en général, la dépeignant comme une farce absurde. A. L.

Dès la Libération, il obtient l’autorisation de faire paraître Coq hardi, où leurs aventures font la une Après avoir été suspendu un an par le ministère de l’information, le journal prend son véritable départ en mai 1946. Il réunit rapidement quelques-uns des meilleurs dessinateurs français : Calvo, Cazanave, Dut, Erik, Gloesner, Le Rallic (fig.58), Liquois, Mathelot, Marin, Poïvet, etc. Marijac écrit lui-même la quasi-totalité des séries, passant avec aisance de la flibuste (Capitaine Fantôme) à la science-fiction (Guerre à la Terre, fig. 59) et du western (Sitting Bull, fig. 60, Poncho Libertas) aux histoires d’animaux (Coquin le gentil cocker). Ses scénarios sont remis aux dessinateurs sous la forme de croquis dialogués. Leur ton n’est jamais mièvre ou moralisateur. Toujours dynamiques, ils font preuve de verve et d’imagination dans les péripéties et les dialogues, mais il leur manque peut-être d’imposer des personnages mémorables. Marijac privilégie l’ambiance et les situations - il n’a pas le culte du héros. Or c’est autour de cette figure emblématique que s’organise de plus en plus l’industrie de la bande dessinée. Un Charlier, dont l’inspiration se rapproche à certains égards de celle de Marijac, le comprendra.

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Étienne Le Rallic (1891-1968), Capitaine Flamberge Scénario de Marijac ( (Jacques Dumas, dit, 1908-1994).
Paru dans Coq hardi n°226 le 20 juillet 1950. Encre de Chine sur papier, 368 x 278 mm. Inv. 89.5.5
Capitaine Flamberge, publié entre novembre 1948 et août 1951, s’inspire librement du roman d’Alfred de Vigny « Cinq-Mars », dont Giffey donnera plus tard une adaptation plus fidèle. Les deux dessinateurs ont toujours été proches, y compris dans le choix de leurs sujets : aux « Buffalo Bill » et « Dédé Loupiot » de Giffey répondent les « Poncho Libertas » et « Leclerc soldat de légende » de Le Rallic. Ce dernier n’a toutefois pas un style aussi fluide que son rival : faute de hiérarchiser clairement les informations, ses images sont souvent confuses, et l’étroitesse des blancs entre celles-ci ne contribue pas à leur lisibilité. T. G.
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Dut (Pierre Duteurtre, dit, 1911-1989), « Sitting Bull », quatrième épisode Planche 4.
Scénario de Marijac (Jacques Dumas, dit, 1908-1994). La série a paru dans Coq hardi entre 1948 et 1952. Encre de Chine, bromure et gouache blanche sur papier, planche remontée, 294 x 220 mm. Inv. 99.1.166
Dut a fait l’essentiel de sa carrière aux côtés de l’éditeur, dessinateur et scénariste Marijac, dessinant « Guerre à la Terre » à la suite de Liquois, dans ‘Coq hardi’, et surtout ‘Sitting Bull’, pour le même titre. Cette planche extraite du quatrième épisode résume bien les qualités de Dut : trait solide, sens de l’atmosphère et parfaite lisibilité d’une page qui fonctionne intégralement sur le principe du récitatif. J.-P. M.

Les difficultés des Messageries de la Presse mettent Coq hardi en faillite ; Montsouris rachète le titre et précipite son déclin. Si Coq hardi ne survivra pas au milieu des années 1950 (malgré une éphémère relance au format de poche en 1962-1963), Marijac ne baisse pas les bras pour autant. Il crée un journal pour les tout-petits, Baby-Journal, ainsi que d’autres titres plus ou moins éphémères : Ouest Magazine, Cocorico, etc. Il fonde les Éditions de Châteaudun (du nom de la rue où il réside) et l’agence Arts Graphiques Presse, s’associe avec Del Duca pour Mireille et Le Journal de Nano et Nanette, puis reprend sa liberté et lance Frimousse, dont le tirage dépassera les 200000 exemplaires. D’un journal à l’autre, Marijac a souvent recyclé les meilleures histoires de son fonds, les changements de format l’amenant à découper et remonter les originaux sans autre scrupule, et à retoucher lui-même les dessins de ses collaborateurs. Homme de presse dans l’âme, il ne se soucie malheureusement pas du marché des albums, de sorte qu’une grande partie de sa production, dispersée dans les journaux, se fera trop vite oublier. À la fois dessinateur, scénariste, rédacteur en chef et éditeur, il représente une personnalité sans équivalent dans l’histoire de la BD française et aura marqué l’après-guerre de son empreinte.

Au sein de sa nombreuse équipe, deux dessinateurs au talent plus personnel méritent d’être distingués : Calvo et Cazanave. Edmond-François Calvo (1892-1957) est venu tard à la bande dessinée. Ses débuts pour la Société parisienne d’édition datent de 1938, mais c’est pendant la guerre qu’il dessine l’œuvre qui, dès la Libération, le rendra célèbre : La Bête est morte ! .
Publié en deux volumes, c’est le récit du conflit transposé dans le règne animal. Chaque peuple impliqué s’incarne dans une espèce différente : les Français sont des lapins (sauf De Gaulle, « Grande Cigogne nationale »), les Allemands des loups, les Anglais des dogues, les Japonais des singes, etc. Ses grandes compositions en couleurs, grouillantes de figurants, forment d’inoubliables « tableaux ».

Comme d’autres dessinateurs francophones (Rabier, Lorioux et, plus tard, Macherot), Calvo donne vie à un bestiaire enchanteur. Patamousse le lapin, Cricri la souris, Coquin le cocker ou encore Moustache et Trottinette sont ses héros tout en rondeurs, auquel il convient d’ajouter Rosalie, une voiture étonnamment vivante. Dans l’art de Calvo, la tradition disneyenne rencontre l’héritage de Gustave Doré et des grands illustrateurs français.

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Edmond-François Calvo (1892-1957), « Moustache et Trottinette au Moyen Âge ». Planche 9.
Paru dans « Femmes d’aujourd’hui » en 1952. Album Éditions OVIP, 1956 ; rééd. Futuropolis, 1977 puis 1986. Encre de Chine sur papier, 367 x 282 mm. Inv. 90.36.1
Dans la longue tradition des histoires de chats et de souris, Calvo prend le rare parti de la gentillesse. Le chat Moustache et la souris Trottinette sont en effet amis et complices lors d’aventures pour enfants douces et truculentes. Dans cette page, Calvo s’amuse avec une question toute simple : comment faire tenir un rond dans un carré ? Il y répond en multipliant les angles de vue, en soignant les ombres portées de Trottinette, et, dans cette scène nocturne, rend la richesse des contrastes entre lumière et ombre en ne traitant jamais cette dernière en aplat : se côtoient traits de plume, surfaces noires retravaillées à la plume sèche... Dans cette planche de suspense pour rire, l’obscurité vibre de toutes ses nuances. J.-P. M.

Raymond Cazanave (1893-1961), quant à lui, aura sans doute été le premier maître du clair-obscur parmi les auteurs de BD pour la jeunesse. Son style n’a cessé d’évoluer, au cours d’une carrière s’étendant des années 1920 à 1960. Après une période Art déco restée trop méconnue, il adopte un style plus réaliste ; celui-ci trouve son apogée après la guerre, dans Coq hardi et L’Intrépide (fig. 62). La trilogie du Capitaine Fantôme (fig. 66), sinistre pirate qui, après avoir été tué lors de son affrontement avec le chevalier Jean de Vyrac, renaît d’entre Ies morts pour assouvir sa vengeance sous le nom de « Vampire des Caraïbes », lui permet d’exprimer son sens de la dramatisation. Son trait un peu crispé et sa science des noirs donnent de la puissance aux trognes des pirates, aux scènes de nuit, de violence et de tempête que Marijac multiplie à loisir. La série baigne ainsi dans un climat oppressant, voire macabre. La densité de la mise en page bride cependant un peu son talent, que l’on retrouvera chez Artima avec les exploits d’une sorte de James Bond intitulé Bob Corton (de 1954 à 1960 dans Vigor). Dans cette dernière période, Cazanave s’inspire davantage de documents photographiques et de films américains de série B. Illustrateur et peintre, il se sera distingué entre tous ses collègues par son approche picturale de la bande dessinée.

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Raymond Cazanave (1893-1961), « Les Enfants du trappeur ». Planche 4.
Éditions Sépia, coll. « Vaillance », n.12, 1946. Encre de Chine et gouache blanche sur papier, textes collés, 435 x 302 mm. Inv. 99.1.4. Le musée possède l’histoire complète.
Dessiné et scénarisé par Cazanave, ce récit du Grand Nord canadien est un magnifique témoignage du talent de cet auteur. Il maîtrise parfaitement la plume, afin de restituer dans chaque case une atmosphère et des textures différentes (les vêtements souples, les troncs rugueux, etc.). Son utilisation des cadrages, parfois audacieux, comme le raccourci de la quatrième case, impulse un vrai rythme au récit. Variant les points de vue, il accentue la tension dramatique et engage une véritable course poursuite dans la neige. A. L.
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Raymond Cazanave (1893-1961), « Capitaine Fantôme » Planche 11.
Scénario de Marijac (Jacques Dumas, dit, 1908-1994). Paru dans « Coq hardi », n°20 en 1946. Album Glénat, 1976 et 1999. Crayon graphite, encre de Chine et crayon bleu sur papier, planche remontée, 387 x 305 mm. Inv. 89.5.8 Capitaine Fantôme appartient au genre du récit de flibuste, très populaire dans les années 1940 et 1950. Marijac, qui scénarise ce récit, lui donne un relief particulier en faisant intervenir la figure d’un revenant, le rapprochant par moments du récit d’épouvante. La page s’organise en une série de cases au cadrage serré, celui-ci contribuant à installer un climat d’anxiété. Raymond Cazanave fait preuve d’une réelle maîtrise du noir et blanc, combinant aplats noirs et hachures pour donner profondeur et texture à chacune de ses images, qu’il s’agisse d’une scène en fond de cale, ou sur le pont d’un navire entouré d’une mer étale, comme ici. A. L.

Vaillant succède, à partir du n° 31 daté du 1er juin 1945, au Jeune Patriote qui émanait du Front patriotique de la jeunesse, un groupe de la Résistance . Il sera le journal de l’Union des vaillants et des vaillantes, un mouvement laïque pour la jeunesse fondé par l’UJRF (Union de la jeunesse républicaine de France) et donc proche du parti communiste. Si Arnal, Gire et bientôt Cézard y introduisent quelques touches d’humour, le journal privilégie - tout comme Coq hardi - l’aventure dans toutes ses déclinaisons : science-fiction avec Les Pionniers de l’Espérance, épopée chevaleresque avec Yves le loup, aviation avec Bob Mallard, aventures de brousse avec Lynx blanc, récit policier avec Jacques Flash, western avec Sam Billie Bill, etc.

Fidèle à l’idéologie du PCF, Vaillant représente assez bien la façade humaniste du stalinisme. Il défend les valeurs de progrès : amour de la patrie, solidarité entre les peuples, goût du travail, dénonciation de toutes les superstitions. Il exalte les figures issues du peuple et l’action collective. Certains récits illustrent des positions sans nuances. Ainsi Fils de Chine, dessiné par Paul Gillon, qui fait l’apologie de la révolution chinoise, s’ouvre par cette phrase : « A Canton régnait un tyran implacable que son peuple avait maudit : Chang » (il s’agit, bien sûr, de Chang Kai-Chek).
Il a souvent été relevé, à juste titre, que quelques-unes des plus grandes séries de Vaillant trouvaient leur source dans des classiques de la BD américaine : la dette d’Yves le loup envers Prince Valiant est évidente, tout comme celle des Pionniers de l’Espérance vis-à-vis de Flash Gordon, les scénaristes s’inspirant ouvertement des séries qui ont enchanté leur jeunesse. Sur le plan idéologique, cependant, ces modèles sont détournés, ou pour mieux dire retournés. Comme l’a noté Jean-Pierre Mercier, si « Flash Gordon est la parfaite incarnation de l’Homo americanus sûr de sa force et de son bon droit », en revanche, « Les Pionniers de l’Espérance sont un groupe soudé de spationautes représentant toutes les races humaines, qui porte aux confins de la galaxie un message d’émancipation et de révolte contre ce que l’on peut appeler "l’oppression impérialiste" ».

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René Bastard (1900-1975), « Yves le loup au pays maure » Planche 3.
Scénario de Jean Ollivier (1925-2005). Épisode paru dans Vaillant Nos 440 à 459 en 1954. Mine de plomb, encre de Chine et collage sur papier, 439 x 313 mm. Inv. 89.9.18
Orphelin élevé par sa tante et sa grand-mère, René Bastard est devenu tailleur de pierre avant de se lancer dans le dessin. « Yves le loup » reste sa série la plus connue ; elle marqua les jeunes lecteurs de la revue « Vaillant ». Démarque évidente du « Prince Valiant » de l’Américain Harold Foster, « Yves le Loup » s’en distingue par une approche idéologique opposée à celle de son modèle, et une ambiance marquée par le fantastique et le rêve, comme le prouve cette scène maritime, où, malgré la tonalité dramatique du texte, c’est une impression de douceur et de délicatesse qui domine. J.-P. M.

On est en droit de juger plus surprenante l’intégration à l’équipe de Vaillant de plusieurs dessinateurs ayant appartenu à celle du Téméraire : Gire, Poïvet et Liquois passent ainsi de la presse nazie à la presse communiste, le dernier cité étant même choisi pour illustrer Fifi gars du maquis (scénario de Roger Lécureux), puis une biographie du colonel Fabien, avant d’être remercié quand la rédaction découvrira son passé compromettant ! (Rappelons que Marijac avait, de même, ouvert ses pages à Liquois et à Erik...)
Républicain espagnol en exil, le dessinateur José Cabrero Arnal a créé Pif le chien pour le quotidien L’Humanité en 1948. Le personnage est introduit dans Vaillant en 1952 (où il supplante Placid et Muzo, un ours et un renard également créés par Arnal), bientôt repris par d’autres cartoonists. La rédaction l’impose comme vedette du journal, rebaptisé Vaillant—Le Journal de Pif en 1965, puis Pif Gadget en 1969. Le titre se rééquilibre progressivement au profit de l’humour, accueillant Tabary (Corinne et Jeannot, Greg (Les As), Delinx et Godard (La Jungle en folie), Gotlib (Gai-Luron) et le Concombre masqué d’un certain Kalkus, qui n’est autre que Nikita Mandryka. L’engagement idéologique se fait alors de plus en plus discret, quand bien même Rahan, l’homme préhistorique imaginé par Chéret et Lécureux, témoigne d’un humanisme quelque peu anachronique. S’il atteint sa plus large diffusion dans les années 1970 (plus de 400000 exemplaires), le « journal le plus captivant » est bel et bien entré dans une période de décadence et d’appauvrissement artistique, le gadget remplaçant la bande dessinée comme première motivation d’achat.

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Mas (Roger Masmonteil, dit, né en 1924), « Pif chien » Planche 2.
Paru dans « Pif gadget » vers 1969. Encre de Chine sur papier, 424 x 322 mm. Inv. 96.13.13
C’est à partir de 1949 que Mas reprend les aventures de Pif le chien dans L’Humanité, où, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ce personnage est né sous la plume du dessinateur espagnol José Cabrero Amal. En succédant à ce dernier, alors malade, en 1954 dans le journal Vaillant, qui deviendra Pif gadget, Mas insuffle un surcroit de comédie à la série, dont le ressort repose sur l’antagonisme opposant le cabot futé au chat Hercule, gaffeur et colérique. Rivalité et surenchère sont constamment prétextes à des gags, dont le matou est presque invariablement la victime. J-Ph. M.
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Jean Cézard (1924-1977), « Arthur le fantôme justicier » Planche 3.
Paru dans Pif gadget. Encre de Chine sur papier, 503 x 325 mm. inv. 89.12.102
Maintes fois transposé, le thème de la querelle immémoriale entre clans rivaux inspire cet épisode d’Arthur le fantôme justicier ». Jean Cézard fait intervenir le petit spectre qu’il a créé pour « Vaillant » dans le conflit opposant la Flatonie et la Placonie. Cette fois encore, le fantôme, qui voyage à travers le temps pour pourfendre les fripouilles, réglera le problème dans la bonne humeur. A côté d’Arthur, son chef-d’oeuvre, Cézard, auteur vedette de « Vaillant » puis de « Pif », aligna les séries originales — « Les Tristus et les Rigolus », « Surplouf » —, caractérisées par la rondeur du trait, les cases grouillantes de détails et les dialogues parfois rimés, J.-Ph. M.
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Mic Delinx (Michel Houdelinckx, dit, 1930-2002), « La Jungle en folie » Planche 14.
Scénario de Christian Godard (né en 1932). Paru dans « Pif gadget » no 450 en janvier 1977. Album Dargaud, 1979 Encre de Chine sur papier, 545 x 500 mm. Inv. 78.1.6.
Créée dans le journal « Pif gadget » en 1969, « la Jungle en folie » est une série animalière qui recrée dans une jungle de fantaisie un microcosme haut en couleur : Joe le tigre, philosophe et grand mangeur de pommes, Gros Rhino, un rien froussard, Mortimer le serpent « à sornettes », etc. Tous ces animaux aux comportements bien humains discutent et se disputent, formant une société en miniature. Christian Godard reprend pour les détourner les schémas narratifs traditionnels des contes populaires. Le dessin rond et expressif de Mic Delinx, renforcé par de nombreuses exagérations graphiques (comme ici, la langue pendante du crocodile}, accentue la loufoquerie d’une série qui connut un grand succès. A. L.

A suivre

Texte extrait de "La bande dessinée, son histoire et ses maîtres", texte de Thierry Groensteen, édité par La Cité et Skira Flammarion en 2009, aujourd’hui épuisé, enrichi de fichiers numériques issus des collections numérisées de la Cité, de Gallica et autres.